Délos, l'île sacrée

C’est l’histoire extraordinaire d’un minuscule îlot qui devint l’île sacrée des Cyclades, la terre d’Apollon, l’abri du trésor des cités grecques luttant contre l’empire perse. Délos fut aussi un haut lieu de la culture et des arts, des échanges commerciaux, de la cohabitation de religions et de peuples d’origines diverses.

Faisons tout d’abord connaissance avec Léto, mère d’Apollon et Artémis, dieux protecteurs de Délos et de Rhinia sa voisine. Son nom provient du verbe grec « lanthano », qui signifie « qui échappe à la connaissance », dans le cas de Léto « celle qui est cachée ». Selon les sources, épouse de Zeus avant Héra, ou maîtresse du roi des dieux, elle attire la colère de sa rivale qui la pourchasse et interdit aux cités de l’accueillir pour son accouchement. La déesse erre d’île en île pour finalement trouver refuge sur Astéria qui deviendra Délos. Selon les sources, Poséidon, d’un coup de trident, fit apparaître l’île, alors qu’on dit aussi que dérivant entre deux eaux, celle-ci fut arrimée par Zeus grâce à des chaînes en diamant. Dans les deux cas, l’île n’était pas frappée par l’interdiction d’Héra et put donc accueillir Léto qui donna naissance aux jumeaux.

Et si la mythologie trouvait ses origines dans le monde réel ? Le mot Cyclades vient du grec kyklos qui signifie cercle. Les îles de la mer Egée forment en effet un cercle dont le centre est justement Délos. Depuis la nuit des temps, son nom a alterné entre Délos qui signifie « la visible », ou aussi « celle qui a de la valeur » et Adélos qui, par opposition, veut dire « l’invisible », ou aussi « celle qui ne vaut rien ». En effet, l’île fut tour à tour le centre de toutes les attentions, capitale spirituelle, organisant ses jeux déliens, port commercial de la mer Egée, terre d’accueil multiculturelle où différentes religions se côtoyaient, mais à d’autres périodes inhabitée et laissée à l’abandon.

Venir à Délos peut s’avérer délicat : lorsque le meltem souffle sur les Cyclades, il subit entre Tinos, Mykonos et Délos une accélération qui rend la navigation difficile. Il s’engouffre dans le chenal entre Rhinia et sa voisine, et le mouillage permettant d’aborder l’île sacrée ne peut plus être utilisé, le débarquement et la visite doivent être reportés. Aussi, chaque semaine au départ de la croisière, les prévisions météo sont scrutées attentivement dans l’espoir de vents cléments et favorables car les vents forts, les vagues et l’écume rendent invisible et inaccessible cette île plate qui culmine à 113m d’altitude.

Pourquoi les dieux ont-ils consacré cet ilôt rocheux sans richesses naturelles, de 15 km du nord au sud, pour moins d’1,5 km d’est en ouest, lieu de naissance d’Apollon, île sacrée et l’un des sanctuaires les plus influents de la mer Egée ? Certains mettent en avant la pureté de la lumière qui baigne l’île. D’autre part, son port naturel, autrefois aménagé, est un excellent abri des vents du nord, et sa voisine Rhinia offre également de bonnes protections quelle que soit la direction des vents. Sa position centrale parmi les autres îles des Cyclades n’est sans doute pas étrangère à ce choix. Accès difficile, faible altitude : l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés » pourrait y trouver son sens…

Afin de protéger le site et les fouilles en cours, Délos n’est accessible au public que du matin au début de l’après-midi. Aujourd’hui on ne peut y dormir alors qu’autrefois, on n’avait pas le droit d’y naître ni d’y mourir selon des décrets d’Athènes pour des raisons de purification de l’île (élimination de foyers infectieux). En réalité, cette dernière confortait ainsi sa mainmise sur Délos, car qui aurait pu revendiquer une terre où il n’est pas né et où ses ancêtres ne sont pas enterrés ?

Pour notre plus grand plaisir, nous passons une nuit au mouillage à Rhinia. Pas de recherches archéologiques sur l’île d’Artémis, on n’y trouve qu’une exploitation agricole et des chasseurs car le gibier y est abondant. Les petites criques sont propices aux Robinsons, loin du tumulte de Mykonos à une dizaine de milles de là. Une nuit au mouillage est une occasion de se retrouver comme hors du temps. Le lendemain, nous levons l’ancre pour nous approcher, nous avons le choix du mouillage entre le port de Délos et l’îlot de Revmatiaris. Après quelques centaines de mètres dans le petit bateau à moteur, nous accostons au promontoire de Délos.

L’entrée dans l’île évoque une procession : passée l’agora des hermaïstes et des compétaliastes, nous nous présentons devant la grande avenue du site, la Voie des Processions. Là se mêlent mondes matériel et spirituel puisque ces constructions abritaient des commerces divers, alors que la voie mène aux propylées, porte d’entrée vers les nombreux temples, la terrasse des lions et le lac sacré. Lors de la visite du sanctuaire d’Apollon, du quartier du lac, des agoras des Déliens et des Italiens, nous apprécions au nord-est quelques aménagements hydrauliques : la gestion de l’eau à Délos s’est en effet avérée cruciale alors que les apports en pluie ont toujours été modestes et que la population s’est élevée à certaines périodes à plusieurs milliers d’habitants. Nous trouvons des puits (ponction de la nappe phréatique), des citernes (récupération des eaux de pluie) et des réservoirs à alimentation mixte (nappe phréatique et eaux de pluie). La visite se poursuit en passant devant le musée, pour atteindre les habitations les plus cossues et le théâtre. Se côtoient ici les arts et la culture, certaines demeures étant dotées de sculptures (Maison de Cléopâtre), de peintures murales (Maison des Comédiens) et de riches mosaïques (Maison du Dionysos, Maison du Trident, Maison des Dauphins).

La visite du théâtre nous permet d’apprécier son acoustique et montre son système antique de récupération des eaux de pluie dans les vastes citernes en contrebas, comme il est d’usage dans de nombreux théâtres grecs. La cohabitation de différentes religions s’exprime particulièrement sur la terrasse des dieux étrangers : sanctuaire des dieux syriens, sanctuaires égyptiens, le temple d’Isis côtoie l’Héraion, un temple dédié à Héra, l’épouse de Zeus. Finalement, notre visite se termine en procession comme elle a débuté, nous empruntons la rampe vers le mont Cynthe, pour rejoindre le temple de Zeus Hypsistos, bâti au sommet de Délos au 1er siècle avant J.C. ou peut-être plus tard. Zeus Hypsistos ne désigne pas le dieu grec, mais une divinité dont on ne sait aujourd’hui si elle est d’origine orientale ou macédonienne.

Fouillée depuis maintenant plus de cent ans par l’Ecole Française d’Athènes, Délos conserve encore une grande part de mystère.

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